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Des manufactures de draps aux industries du futur : 250 ans d’histoire industrielle en Centre-Val de Loire, entre Sologne, Berry et Touraine. 

Notre territoire a toujours eu l’industrie dans son ADN

Notre territoire n’est pas devenu industriel : il l’a toujours été.

De la manufacture de draps aux industries du futur, une histoire industrielle qui continue de s’écrire

Quand on parle du Centre-Val de Loire, on pense volontiers aux châteaux de la Loire, à l’agriculture, aux paysages de Sologne, aux vignobles ou encore au patrimoine historique.

Et pourtant, notre région est aussi une terre d’industrie.

Une industrie parfois discrète, rarement concentrée dans de gigantesques bassins industriels, mais profondément enracinée dans les territoires. Une industrie qui s’est construite au fil des siècles autour des ressources locales, des savoir-faire, des voies de communication, de l’esprit d’entreprendre et, plus récemment, de l’innovation.

Le Loir-et-Cher en est une formidable illustration.

L’exposition « Loir-et-Cher, territoire d’industries ! », présentée par les Archives départementales en 2022, racontait ainsi 250 ans de dynamisme et d’innovation. Une histoire qui permet de mieux comprendre l’industrie d’aujourd’hui… et peut-être aussi de regarder différemment celle de demain.

Au départ, des ressources et des savoir-faire

L’industrie ne naît pas toujours d’une grande décision d’aménagement ou de l’arrivée d’un groupe international.

Elle commence souvent beaucoup plus simplement : une ressource disponible, un savoir-faire, une idée et quelqu’un qui décide d’en faire une activité économique.

Dans le Loir-et-Cher, cette histoire remonte bien avant l’industrie moderne.

Le travail de la laine autour de la Sauldre, le cuir dans le Vendômois, les activités métallurgiques, les productions textiles ou encore les savoir-faire artisanaux ont progressivement constitué les bases d’une véritable culture productive.

À Saint-Dyé-sur-Loire, une manufacture de cotonnades créée en 1762 aurait ainsi employé jusqu’à 1 500 à 2 000 personnes. À Fougères-sur-Bièvre, une filature installée en 1812 dans un château illustre déjà l’arrivée de l’industrie en milieu rural, avec mécanisation et utilisation successive de l’énergie hydraulique puis de la vapeur.

L’industrie n’était donc pas uniquement une affaire de grandes villes.

Elle pouvait s’installer là où se trouvaient les ressources, l’énergie, les compétences… et les entrepreneurs.

Romorantin, Blois, Vendôme : 3 histoires industrielles

Au XIXe siècle, l’industrialisation transforme progressivement les principaux pôles du département.

À Romorantin, la laine devient une industrie

L’histoire de Romorantin est intimement liée à celle de la manufacture Normant.

Au début du XIXe siècle, la famille Normant modernise la traditionnelle industrie lainière locale et applique les nouvelles méthodes de production mécanisée. Pendant plus de 150 ans, la manufacture va profondément marquer l’économie, le paysage et la vie sociale de la ville.

Cette histoire est particulièrement intéressante pour nous aujourd’hui.

Car lorsque Normant disparaît, l’histoire industrielle de Romorantin ne s’arrête pas.

En 1964, Matra Automobile s’installe dans la ville et reprend les anciens locaux de Normant lors de leur fermeture en 1970. L’entreprise va à son tour écrire une page majeure de l’histoire industrielle locale.

Matra remporte notamment trois victoires consécutives aux 24 Heures du Mans, de 1972 à 1974, et l’usine romorantinaise connaîtra son apogée avec la production de la Renault Espace : plus de 900 000 exemplaires sortiront des chaînes de production.

Une manufacture textile, puis l’automobile.

Deux industries, deux époques, deux modèles économiques… mais un même territoire industriel.

À Blois, Poulain et Rousset

Blois possède également une histoire industrielle remarquable.

On connaît évidemment Poulain, dont l’aventure commence en 1852 lorsque Auguste Poulain dépose le brevet de son « chocolat à la minute ». Dix ans plus tard, il fait construire les usines de la Villette, à proximité de la gare.

Mais Blois fut également un important centre de fabrication de chaussures.

Les établissements Rousset, créés en 1852, adoptent très tôt la division du travail et la mécanisation. Vers 1890, les six fabriques blésoises du secteur emploient environ 2 500 personnes, soit près de 10 % de la population de la ville.

Deux exemples qui rappellent une réalité parfois oubliée :

L’industrie peut naître d’un produit très simple… mais devenir une formidable aventure industrielle grâce à l’innovation, à l’organisation et au commerce.

À Vendôme, le cuir puis la métallurgie

Le Vendômois possède lui aussi une longue tradition industrielle.

Les gants de cuir fabriqués autour du Loir sont réputés dès le XVIe siècle et resteront un fleuron industriel local jusqu’au milieu du XXe siècle.

Puis d’autres activités prennent le relais.

En 1933, la création des Fermetures métalliques du bâtiment (FMB) illustre cette capacité du territoire à faire émerger de nouvelles industries.

Une caractéristique que l’on retrouve encore aujourd’hui : un territoire industriel n’est pas figé dans ses productions.

Il évolue.

Quand l’industrie s’installe aussi dans les campagnes

L’histoire industrielle du Loir-et-Cher est également intéressante parce qu’elle ne se résume pas à Blois, Romorantin ou Vendôme.

La fonderie de Fréteval en est un exemple particulièrement parlant.

Pendant plus de 200 ans, la commune vit au rythme de son haut-fourneau. L’activité est directement liée à l’environnement local : minerai, bois, eau et main-d’œuvre.

Cette histoire nous rappelle quelque chose d’essentiel :

L’industrie et les territoires ruraux ne sont pas contradictoires.

Bien au contraire.

Aujourd’hui encore, de nombreuses PME et PMI industrielles sont implantées dans des communes parfois éloignées des grandes métropoles. Elles y trouvent des salariés, des savoir-faire, du foncier, des infrastructures et surtout une histoire économique locale.

C’est précisément ce que l’on retrouve dans de nombreux territoires du GIR Sologne Berry Touraine.

Le XXe siècle : quand les infrastructures changent la donne

L’industrie évolue avec les technologies, mais aussi avec les infrastructures.

Le développement du chemin de fer, des routes puis des autoroutes rapproche progressivement les territoires des grands marchés.

Après les années 1930, puis surtout après la Seconde Guerre mondiale, une nouvelle phase d’industrialisation s’ouvre dans le Loir-et-Cher. La décentralisation d’activités depuis la région parisienne et les politiques d’aménagement du territoire favorisent l’arrivée de nouvelles industries.

L’exemple de Cino Del Duca à Blois est emblématique : l’imprimerie est décentralisée depuis la région parisienne en 1962 et accompagne le développement du groupe de presse qui édite notamment Télé Poche et Nous Deux.

À Salbris, l’industrie de l’armement s’installe progressivement à partir de la Première Guerre mondiale. Un dépôt de munitions est créé en 1916 puis un atelier de chargement en 1921. Jusqu’au début des années 2000, plusieurs établissements importants de fabrication et de conditionnement de munitions y seront présents.

L’industrie change donc de visage.

Elle devient plus technologique, plus capitalistique, plus dépendante des réseaux de transport et des marchés nationaux et internationaux.

Une région industrielle… mais une industrie souvent discrète

Cette histoire n’est pas propre au Loir-et-Cher.

À l’échelle du Centre-Val de Loire, l’industrie s’est développée dans de nombreux secteurs : automobile, métallurgie, agroalimentaire, pharmacie, cosmétique, aéronautique, électronique, défense, plasturgie, ferroviaire…

La région a notamment bénéficié de sa proximité avec l’Île-de-France et des mouvements de décentralisation industrielle à partir des années 1960.

Mais l’industrie régionale possède une particularité : elle est très diversifiée et rarement concentrée dans d’immenses bassins industriels.

Elle se répartit dans les villes moyennes, les petites villes et les territoires ruraux.

C’est probablement l’une des raisons pour lesquelles elle est parfois moins visible qu’ailleurs.

Et pourtant, elle représente une part importante de l’économie régionale. La DREAL indiquait ainsi que l’industrie représentait plus de 19 % de la valeur ajoutée régionale en 2013.

Aujourd’hui, le Centre-Val de Loire demeure notamment reconnu dans la pharmacie, la cosmétique, l’agroalimentaire, la métallurgie, la plasturgie, l’automobile, l’aéronautique et la défense.

L’histoire industrielle n’est pas qu’une histoire d’usines

Ce que raconte l’histoire du Loir-et-Cher est finalement beaucoup plus large qu’une succession d’entreprises et de machines.

C’est aussi une histoire :

d’entrepreneurs, qui prennent des risques ;

d’innovations, qui permettent à une activité de changer d’échelle ;

de salariés, qui développent et transmettent des savoir-faire ;

de territoires, qui construisent leur identité autour de leur activité économique ;

de femmes et d’hommes, dont le travail a façonné nos villes et nos campagnes ;

de crises et de transformations, qui obligent les entreprises à se réinventer.

Les Archives départementales consacraient d’ailleurs une partie de leur exposition aux conflits sociaux, au travail féminin, au travail des enfants, aux crises et à la vie quotidienne dans les usines.

L’industrie est donc aussi une histoire humaine.

Et demain ?

Regarder cette histoire n’a rien de nostalgique.

Au contraire.

Elle montre que l’industrie a toujours été en mouvement.

La manufacture Normant a laissé la place à Matra et aujourd’hui à une multitude de petites et moyennes entreprises. La ganterie vendômoise a laissé place à d’autres activités. Les anciennes industries ont parfois disparu, d’autres se sont transformées et de nouvelles sont apparues.

Aujourd’hui, le Centre-Val de Loire cherche à renforcer cette dynamique autour de l’industrie du futur, de l’innovation, de la transition écologique et énergétique, des compétences et de la réindustrialisation. La Région compte notamment 12 territoires labellisés « Territoires d’industrie », dont Sologne Val de Cher et Berry-Sologne.

Le mouvement continue.

Et notre territoire en est pleinement acteur.

Le regard du GIR : Une histoire qui donne du sens aux réseaux d’entreprises

C’est peut-être là que cette histoire rejoint le plus directement la raison d’être du GIR Sologne Berry Touraine.

Depuis plus de deux siècles, l’industrie de notre territoire s’est construite grâce aux connexions : entre une ressource et un savoir-faire, entre un entrepreneur et des salariés, entre une entreprise et un marché, entre une technologie et un besoin ou entre des institutions et des entrepreneurs.

Depuis 1961, le GIR Sologne Berry Touraine accompagne les entreprises du territoire. Lui aussi a évolué, du GIR (Groupement des Industriels Romorantinais) puis GEAR (Groupement des Entreprises de l’Arrondissement de Romorantin-Lanthenay) et au GIR d’aujourd’hui (Groupement Industriel Régional) pour les entreprises de 5 départements de la région Centre Val de Loire.

Aujourd’hui, les connexions sont différentes… mais elles restent essentielles.

Une PME industrielle a besoin de partenaires.
Un industriel a besoin de compétences.
Un sous-traitant a besoin de donneurs d’ordre.
Une entreprise qui innove a besoin d’échanger.
Une entreprise qui recrute a besoin de mieux connaître son territoire.

Le collectif devient à son tour un facteur de compétitivité.

C’est précisément l’ambition d’un réseau comme le GIR : créer des passerelles entre les entreprises, faire circuler les idées, favoriser les rencontres, partager les expériences et contribuer à faire connaître les savoir-faire industriels de notre territoire.

Parce que connaître notre histoire industrielle, c’est aussi comprendre ce qui fait notre force aujourd’hui.

Et surtout, cela permet de regarder l’avenir autrement.

L’industrie du Centre-Val de Loire n’est pas une industrie du passé.
C’est une industrie qui, depuis toujours, se transforme.

Et la prochaine page de son histoire reste à écrire… ensemble.

« Notre histoire industrielle est notre héritage. Notre capacité à nous réinventer sera notre avenir. »

Visites d’entreprises innovantes, rencontres entre dirigeants locaux et régionaux, mise en avant du savoir-faire de la région Centre Val-de Loire.

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